By Barbara

Dans le tourbillon de la médina

Aaaaaah, nous y voilà enfin !
En ce début d’année 2026, c’est avec une immense joie que je vous retrouve pour vous partager cette toute première publication. J’en profite avant tout pour remercier chaleureusement toutes celles et ceux qui ont répondu présents à l’appel d’abonnement du précédent article. Merci pour votre enthousiasme et pour votre envie de continuer à me suivre, désormais via ma nouvelle adresse « By Barbara ».

Nouvelle année, nouveau blog… alors pourquoi pas une nouvelle destination ?
C’est au Maroc, et plus précisément à Marrakech, que je vous emmène cette fois-ci, pour découvrir le décor de mes tout premiers jours du mois de janvier.
Pour la petite précision, ces deux premières photos correspondent à mon trajet de retour, car les débuts de ce voyage furent quelque peu chaotiques…
Pour planter rapidement le tableau : neige et retard au départ du tarmac d’Orly, puis pluie et mine déconfite à l’arrivée au cœur de la vieille ville de Marrakech, la médina.

Mais il faut croire que les bons vœux reçus quelques jours plus tôt furent de bon augure et jouèrent en ma faveur, car les conditions météorologiques s’améliorèrent en un rien de temps. Elles laissèrent place, partout autour de moi, à un véritable festival de couleurs. À tel point que le noir et blanc, que j’affectionne pourtant tout particulièrement en image, se retrouva très vite relégué au second plan (à quelques exceptions près, tout de même).
Retour en images sur ces quelques jours ensoleillés à Marrakech, une destination qui figure aujourd’hui, aux côtés de la Tunisie, en tête de liste des voyages incontournables et les plus plébiscités par les Français.
Mince alors, je n’avais pas cette information ! Cela signifie-t-il qu’avec tout ce beau monde, je risque potentiellement de me faire marcher sur les pieds à chaque coin de rue et de devoir, dans le même temps, jouer des coudes pour me frayer un chemin ?
(Appareil photo en main, pour plus de complexité encore.)

Ce n’est pas impossible…
Mais loin de moi l’envie de me décourager ou de rester planquée entre quatre murs et deux rideaux.
Passion photo un jour, passion photo toujours !
Sans attendre, entrons maintenant dans l’image.
Petit conseil : pour une immersion totale, faites appel à votre imagination en ajoutant dans l’air quelques notes de senteurs d’épices, d’herbes médicinales et de cosmétiques naturels. Vous serez ainsi pleinement avec moi.
Je vous avais parlé plus haut de couleurs, n’est-ce pas ? Comment pourrait-il en être autrement avec toutes ces grenades et ces oranges des plus juteuses, prenant si joliment la pose devant nous ? Sans compter le reste, toutes les pâtisseries alléchantes ou encore les innombrables babouches toujours parfaitement achalandées…
Après ces quelques stands et ce tee-shirt « coco chamelle » (qui m'a bien fait sourire, je dois l’avouer), restons dans le thème.
Non pas pour évoquer Coco Chanel, mais un autre grand nom ayant marqué en son temps le monde de la couture : Monsieur Yves Saint Laurent.

C’est en 1966 qu’Yves Saint Laurent et son associé et compagnon Pierre Bergé se rendent pour la première fois au Maroc. Ils y découvrent un jardin né de l’imagination du peintre français Jacques Majorelle dans les années 1920. Le lieu est alors à l’abandon, mais le couple tombe instantanément sous le charme de cet endroit.
Dans les années 1970, le jardin est menacé par un projet immobilier prévoyant sa transformation en complexe hôtelier. Afin d’empêcher sa destruction, Saint Laurent et Bergé décident de le racheter en 1980.
Ils entreprennent une restauration complète des plantations et transforment l’ancien atelier du peintre en musée berbère, dans le but de mettre en valeur la culture locale qu’ils admiraient tant.

Le lien entre Marrakech et Yves Saint Laurent devient indélébile après le décès du couturier en 2008.
Ses cendres sont alors dispersées dans la roseraie du jardin, où un mémorial (une colonne romaine antique posée sur un socle) est érigé afin que le public puisse lui rendre hommage.
En 2017, le Musée Yves Saint Laurent Marrakech ouvre ses portes juste à côté du jardin, abritant une partie importante de ses archives.

Depuis, la popularité du Jardin Majorelle n’a cessé de croître, au point qu’il est désormais indispensable de réserver son billet en ligne à l’avance pour pouvoir y accéder.

C’est chose faite… alors, c’est parti !
Ce jardin n'est pas seulement un espace vert, c'est le refuge qui a sauvé la créativité du couturier à plusieurs reprises et profondément influencé son travail. C'est ici qu'il venait dessiner ses collections et qu'il a appris à dompter la couleur, passant de l'austérité du noir parisien aux mélanges audacieux de rose, d'orangé et, bien sûr, du célèbre Bleu Majorelle.

Le domaine de 9 000 m² divisé en plusieurs sections, est rempli entre choses de cactus, d'un étang parsemé de nénuphars et une bambouseraie mais la star la plus emblématiques du jardin Majorelle est sans conteste sa magnifique villa bleu vif, qui abrite aujourd’hui le Musée berbère.

Pour ma part, j'ai fait l'impasse sur les deux musées, préférant m'attarder et ne payer que l'accès au jardin.
Eh oui, uniquement la visite du jardin, car les journées ne sont pas extensibles et qu’avec un si beau soleil, il me tarde de découvrir encore d’autres beaux endroits.
De nombreuses options et lieux s’offrent à nous.
Certains demeurent toutefois encore partiellement endommagés et en cours de rénovation, en raison du tragique séisme que la ville et ses alentours ont subi en septembre 2023.
Mon choix s’est donc porté sur le palais Dar El Bacha, qui signifie littéralement « la demeure du Pacha ».
Construit en 1910, ce palais fut la résidence de Thami El Glaoui, l’un des hommes les plus riches et influents de son époque. Il y reçut de prestigieux invités tels que Winston Churchill, Charlie Chaplin ou encore Franklin D. Roosevelt.
Aujourd’hui, une partie du palais abrite le Musée des Confluences, lequel expose des objets témoignant de la richesse et de la diversité culturelle du Maroc, entre influences berbères, arabes et juives.
Outre son musée et son petit jardin intérieur bordé de prestigieuses mosaïques, le palais attire également de nombreux visiteurs pour son luxueux et légendaire salon de café, le Bacha Coffee.
Le lieu est aujourd’hui mondialement réputé pour ses centaines de variétés de cafés, délicieusement servis dans une vaisselle dorée, au point qu’il faut parfois s’armer d’une à deux heures de patience avant qu’une table ne se libère…
Je me suis donc contentée de flâner du côté de la boutique.
Une fois la visite du palais terminée, j’ai opté pour l'excellente alternative d'aller me désaltérer chez Fine Mama.
Et quelle surprise ! Profiter du panorama depuis le toit-terrasse et découvrir, en toile de fond, les sommets enneigés des montagnes de l’Atlas… Wouahou, sublime ! Finalement, n’aurais-je pas gagné au change ?
Cette pause tranquille, à l’écart de l’agitation, fut bien ressourçante et très appréciable.
Car bien que les voitures classiques soient quasiment absentes, il n’en reste pas moins que marcher en ville est, par endroits, un petit défi pour celui qui fait preuve d’inattention. La médina grouille de bruits, et notamment ceux des moteurs des deux-roues qui se faufilent partout à vive allure, suivis des vélos, tuk-tuks, calèches et charrettes à ânes en prime.
Mais l’endroit le plus bouillonnant, qui atteint son pic d’animation, est la célèbre place Jemaa el-Fna, située au centre de la médina.
Cœur battant de Marrakech, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, cette vaste esplanade ne désemplit jamais !
Depuis 2025, la place Jemaa el-Fna fait l’objet d’un vaste projet de réaménagement, une transformation historique encore en cours lors de ma visite.

Cette rénovation d’envergure commence par une remise à neuf complète des infrastructures souterraines avec une mise à niveau des réseaux d’eaux usées et pluviales pour prévenir les inondations lors des fortes pluies, et l'installation d’un réseau électrique moderne et sécurisé pour alimenter les stands de nourriture sans câbles traînants au sol.
En surface, l’esplanade se transforme également avec un nouveau pavage en pierre naturelle remplacant les anciens revêtements usés, tandis qu’un éclairage public au système LED, plus esthétique et moins énergivore, met en valeur les façades environnantes.

Bravo à tous ces valeureux messieurs pour leur implication dans ce chantier colossal !
Malgré tous ces chantiers, la ville a veillé à préserver les cercles de spectacle, pour ne pas dénaturer l’âme de la place.
Il reste cependant à regretter la présence tolérée, par une certaine tradition locale, de nombreux macaques de Barbarie attachés par le cou à de courtes chaînes, tenus par des hommes réclamant des sous à quiconque souhaitant les approcher ou les photographier… sans moi, même gratuitement.

Le soir, Jemaa el-Fna devient le plus grand restaurant en plein air du monde, et se métamorphose en s’illuminant avec des petites ampoules suspendues.
Des dizaines de stands numérotés s’installent en quelques minutes, enveloppant la place d’un nuage de fumée odorante.
Par ailleurs, mêlés au tourbillon des visiteurs, on trouve aussi des charmeurs de serpents, des porteurs d’eau en costumes traditionnels rouges, des femmes proposant des tatouages au henné, d’innombrables stands de jus de fruits, et tout cela est bordé de cafés et de restaurants.

Alors je me suis installée au balcon de l’un d’entre eux, une tajine dans mon assiette, et hop, j’étais au spectacle !
Pour cette nouvelle journée, j’avais particulièrement envie de visiter la Médersa Ben Youssef. Fondée au XIVᵉ siècle puis reconstruite au XVIᵉ siècle par la dynastie des Saadiens, elle fut pendant des siècles la plus grande université coranique du Maghreb. Jusqu’à 800 étudiants y venaient de tout le monde musulman pour étudier la théologie, le droit islamique, mais aussi les sciences et la littérature.
La lumière naturelle du soleil, venant frapper une partie de la façade, était la bienvenue pour admirer pleinement la beauté des matières. Le relief, sculpté directement dans le mur fait de plâtre et de poudre de marbre, est d’une telle finesse qu’on a presque l’impression de regarder de la dentelle figée dans la pierre. Autour, le bois de cèdre et les mosaïques colorées complètent ce somptueux décor. Quel endroit, je vous assure ! Et quelle curiosité aussi, car au fil de la visite, lorsque le soleil se déplaçait, certains motifs qui semblaient plats devenaient soudain comme en mouvement. Dans ce jeu d’ombres et de lumière, c’était à celui qui serait le plus rapide et le plus habile pour espérer capturer son plus beau cliché.
Dans la salle de prière où les étudiants et les professeurs se réunissaient pour les cinq prières quotidiennes, nous étions tous le nez ou l'appareil en l'air à fixer le grand lustre monumental en bronze qui servait à éclairer les textes sacrés.
La visite de la Médersa s’articule principalement autour d’une grande cour centrale, au cœur de laquelle se trouve un bassin de marbre, ainsi que d’un étage abritant la majorité des 132 chambres que comptait l’école.
Une fois les escaliers empruntés, on tombe sur un véritable labyrinthe de couloirs étroits et, contrairement à la grandeur et à la richesse décorative de la cour, on y découvre des chambres extrêmement exiguës, dont l’intérieur très simple et dépouillé ne donne pas toujours de visibilité sur l’extérieur, mais plutôt sur de petites cours intérieures secondaires, pensées pour éviter les distractions de la rue.
Ces chambres, où les étudiants dormaient, cuisinaient et travaillaient, sont si sombres qu’aucune de mes photos ne fut vraiment exploitable. Je n’ai pu que m’attarder à observer ce qui se passait du côté de la cour, depuis les balustrades en bois sculpté.
Il n’en reste pas moins émouvant d’imaginer, sans le flot de touristes d’aujourd’hui, le bourdonnement des voix des centaines d’étudiants qui circulaient dans ces couloirs étroits il y a quatre cents ans, et de penser aux chemins de vie qu’ils ont ensuite empruntés.
De ce qui suit, je ne sais pas lequel des deux posait le mieux, mais j’ai vite remarqué que le pelage de ce petit visiteur à poils, aux couleurs des mosaïques de la Médersa, tombait parfaitement à pic.
A-t-il eu un billet d’entrée gratuit ?
C’est l’une des premières choses qui frappe quand on se promène dans la médina, les chats sont partout.
Ils sont si nombreux que cela a piqué ma curiosité et m’a poussé à comprendre pourquoi il y en a autant, et quasiment aucun chien errant.
Eh bien, on raconte que le Prophète Muhammad aimait tellement sa chatte, Muezza, qu’il aurait préféré découper la manche de son manteau plutôt que de la réveiller alors qu’elle dormait dessus.
Cette affection prophétique s’est transmise dans la culture, maltraiter un chat est considéré comme un péché grave par beaucoup de Marocains.
Historiquement, les chats avaient aussi un rôle sanitaire crucial dans des villes comme Marrakech. Encore aujourd’hui, ils restent de précieux alliés contre les rats et les souris, et les commerçants les nourrissent souvent avec les restes des abats ou du poisson en échange de leurs services.
Pour celles et ceux qui me suivaient déjà lors de mes vacances à Madère et qui se souviennent du récit de ma rencontre avec un chat dont j’étais tombée complètement sous le charme, vous comprendrez mieux pourquoi, aujourd’hui, je n’ai plus aucune peur des chats et pourquoi j’avais envie de tous les approcher.
Les chats semblent être les véritables gardiens de la vieille ville, et tout particulièrement dans les souks, si bien qu’à certains endroits on en viendrait presque à se demander qui est réellement le patron et qui détient les clés !
On dénombre officiellement 18 souks principaux dans la médina de Marrakech, avec environ 40 000 artisans travaillant quotidiennement dans ces dédales qui s'entremêlent comme un labyrinthe, alors ça donne un élément de réponse.
N’ayant que très peu de place dans ma petite valise pour quoi que ce soit, et ne possédant ni l’aisance ni le plaisir de manier l’art de la négociation pour faire baisser un prix (une institution inévitable dans les souk), je me sentais finalement bien plus à l’aise à contempler de loin toutes ces dorures scintillantes.
Sans manquer non plus de lever la tête vers les toitures traditionnelles, le plus souvent en treillis de roseaux ou de bambous, qui laissent filtrer les rayons du soleil en de superbes effets zébrés.
De toutes ces silhouettes, celle qui m'aura été la plus facile à photographier sous tous les angles, et du matin jusqu'au soir, c'est bien elle : la Koutoubia.

Dominant la ville avec ses 77 mètres, aucun bâtiment ne devant la surpasser, elle n'est pas seulement une mosquée mais également un repère que l'on voit à des kilomètres à la ronde.
Koutoubia vient du mot arabe koutoub (livres). On l'appelle la « Mosquée des Libraires » car, à l'époque de sa construction au XIIe siècle, des dizaines de marchands de manuscrits s'installaient à son pied.

Et pour la petite histoire, j'ai appris en étoffant mon article qu'il y a eu deux Koutoubia !
La première version, construite vers 1147, n'était pas parfaitement alignée avec la Mecque, alors, sous les ordres du sultan, elle a été détruite. On peut encore voir aujourd'hui les colonnes coupées et les fondations de base de cette première mosquée, juste à côté de l'actuelle.
Contrairement à d'autres pays musulmans où les mosquées se visitent librement hors heures de prière, seules les personnes de confession musulmane ont l'autorisation de pénétrer à l'intérieur de la mosquée de la Koutoubia.
Le Maroc a conservé cette règle instaurée au début du XXe siècle visant à préserver la tranquillité des lieux de culte et à éviter les tensions culturelles.
Par respect pour la sacralité de l'espace, qui reste un lieu de prière actif et non un site touristique, c'est donc d'un œil lointain, mais très curieux tout de même, que j'ai regardé furtivement l'intérieur.
Sans personne dans mon viseur, la perspective était trop belle pour ne pas tenter un clic !
Marrakech, « la ville ocre » comme on la nomme, est à bien des égards un vrai tourbillon des sens.
Avant de s'y rendre pour du tourisme, il n'est pas rare d'être mis en garde contre certaines arnaques éventuelles dont il faut se méfier sur place.
Mis à part cet aspect moins positif, (et confirmation faite du coude à coude et marchage des pieds ), elle regorge de somptueux jardins, palais et riads cachés, d'une cuisine délicieuse et d'une hospitalité par endroits très appréciable.
Avec plus de jours devant moi, les cascades d'Ouzoud ou le désert d'Agafay m'auraient très probablement beaucoup plu également.

Pour toute personne passionnée par la photographie de rue, autant que je le suis moi-même, la médina se révèle être une source d’inspiration inépuisable.
En concluant cet article, et bien qu'il soit fidèle à ce que j’y ai vécu sur place, je ressens toutefois un regret, celui de ne pas avoir photographié les nombreux artisans, concentrés à broder, tresser, sculpter ou forger, que je croisais chaque jour.
La précision et la beauté de leurs gestes étaient vraiment quelque chose d’admirable à observer.

Je déplore mon manque d'audace, cette tendance à faire preuve de trop de retenue par peur d’importuner avec mon objectif pointé vers ceux qui n’ont rien demandé.
Mais vraiment, si j’avais croisé le génie de la lampe d’Aladin, j’aurais sans hésiter formulé le vœu de porter une cape d’invisibilité, afin de pouvoir les photographier librement.

En ce début d'année 2026, alors que l’on évoque de plus en plus la suppression de postes de travail remplacés par l’intelligence artificielle, pourvu que derrière les remparts de la médina, tant de savoir-faire continuent de se transmettre et de perdurer encore longtemps.
Tout bien réfléchi, c'est peut être plutot ce voeux là que je devrais formuler ...

En attendant qu’une nouvelle destination me conduise à partager ici ce qui m’anime et nous entoure, j’espère que vous aurez apprécié ce dernier moment.
Je vous remercie et vous souhaite à toutes et à tous un très beau mois de février.

Barbara
© crédits photo By Barbara

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