By Barbara

D'une île à une autre

Attention, soyez bien en forme pour ce nouveau rendez-vous, car je vous le dis tout de suite : le programme est très chargé. Pourquoi ça ? Parce que c’est ma dernière journée sur l’île de Santorin et qu’il n’y a pas de temps à perdre. Alors hop, hop, hop, on y va ! Go, go, go, on y croit ! Top départ : il est pile midi et la journée est loin d’être finie.
Souvenez-vous des trois précédents chapitres : nous y avons vu du bleu, en voici, en voilà, un peu partout. Puis une plage de sable noir et une autre rouge, un phare isolé, un volcan silencieux, des ânes malheureux, une sorcière imaginaire (si, si, avec moi, c’est possible !). Mais au-delà de ça, il y a eu l’éclat de cette destination magique, tellement lumineuse et ensorceleuse.
Découvrir Santorin m’aura valu pas mal de marches à dévaler, de ruelles à fouler, entrecoupées d’une seule après-midi à reposer mes guibolles, bien calée en bagnole. J’ai regardé, vitre baissée, la beauté des alentours, assise auprès du meilleur des conducteurs, celui qui, d’année en année, sait maintenir soudés les fils conducteurs de notre amour.
Mais revenons à nos douze coups de midi : il n’y a pas de voiture aujourd’hui, et pas question de rester enfermée les bras croisés pour cette dernière après-midi.
Allez ! C’est tout bon pour nous trois : on a le ventre plein, les lunettes de soleil, la crème indice 50 et les sacs à dos remplis de bouteilles d’eau. J’ai mon appareil photo, mon mari a sa super GoPro et mon fils a mis son chapeau. Alors, let’s go !
Nous quittons les sentiers désormais familiers de Firostefani, jolie ville où Elias nous avait si chaleureusement accueillis au sein de l’Ersi Villas. Éloignés à présent de nos repères, nous nous lançons à la conquête d’Oia.
Aaaaah, Oia… la belle Oia ! Si souvent évoquée comme LA destination, LA révélation, incontournable, notamment pour ses couchers de soleil. Bref, on s’en voudrait de l’avoir manquée ! Alors forcément, vu comme ça sur le papier, ça ne pouvait que nous faire fantasmer.
Il faut savoir que Santorin est en forme de croissant, et qu’Oia se situe à sa pointe, soit à environ dix kilomètres de notre point de départ. Bien évidemment, un bus permet de s’y rendre, mais nous n’avons pas pris trois litres d’eau sur le dos pour rien : touristes, d’accord, mais pas fainéants devant un peu d’effort !

Voilà de quoi mieux se représenter la distance qui nous attend. On nous a dit qu’il fallait compter entre 2 h 30 et 3 h, mais il en faudrait plus pour nous décourager. Et puis, le soleil est encore bien loin de se coucher, alors il n’y a pas de quoi se chronométrer.
Comme le petit Poucet suivant les petits cailloux au sol, nous avons pisté assidûment le marquage à la craie et les nombreuses flèches, nous venant en aide, afin de ne pas perdre trop vite la boussole.
Sur dix kilomètres, je vous laisse imaginer que nous avons beaucoup crapahuté. Impossible, ici, pour moi de tout vous montrer de ce paysage qui ne cessait de changer à mesure que nous avancions.
Nous avons pris le temps de flâner et de nous poser pour admirer, puis j’ai dû changer de chaussures, car je n’avais pas franchement les plus adaptées à ce genre de randonnée…
Jusque-là, seule la nature nous accompagnait. Ensuite, peu à peu, nous avons repris contact avec la civilisation et ses habitations.
Le chemin se poursuit…
Voilà quatre heures qui viennent de s’écouler, quatre heures que nous marchons à petite vitesse, sans tension ni stress, atteignant tranquillement le point final de notre destination. Franchissant l’ultime étape nous permettant encore d’être en hauteur, là où d’autres ont tenu à cadenasser leurs rêves et vœux de bonheur, moi, je revêts avec amusement l’écharpe reçue en cadeau quelques jours plus tôt, célébrant les quarante années écoulées de mon compteur, quarante années passées à grande vitesse !
Nous laissons la nature derrière nous, prêts à découvrir Oia, la fameuse Oia, que nous avons hâte de voir de très près.
Mes ballerines usées et poussiéreuses, preuve du chemin parcouru pour en arriver là, auraient tout donné pour passer sous l’eau, ce qui fut rapidement presque envisageable avec la grosse douche froide qui nous attendait…

Rencontrer Oia ne fut pas de tout repos : elle n’était pas simple à aborder, elle ne s’est pas donnée à nous aussi facilement que nous l’avions envisagé et désiré. La tentative d’approche fut laborieuse et nous aura donné du grain à moudre.
Impossible et épuisant pour nous d’y trouver notre place au cœur de ces grands coudes-à-coudes permanents, subis par les uns et les autres, curieux venus, pourtant, tout comme nous, en amis, désireux de gentiment la saluer.

Mais nous étions tous arrivés à la même heure et les mains vides, juste avides de l’observer sous toutes ses coutures, sous la lumière des rayons de soleil. Victime de son succès, elle n’était hélas plus naturelle : elle en devenait superficielle et capricieuse, n’étant plus accessible que pour quelques VIP déjà aguerris et préalablement invités par elle.
Marcher à travers Oia nous aura tout de suite plus épuisés que les quatre heures qui venaient de précéder. Sans doute agacée par la répétition de ce sempiternel rituel, fatiguée de tout ce bruit, de tous ces selfies bouchant le passage aux autres, Oia semblait jouer la doublure des couloirs en grève et en colère du métro parisien. Alors, nous l’avons immédiatement laissée tranquille, nous nous sommes faits tout petits et sages, restant à observer l’arrivée de la nuit. Ce ne fut donc ni le bon jour ni le bon moment ; même son coucher de soleil fut timide et décevant…
Mais nous ne ressentions aucune frustration, nous étions déjà si chanceux et bienheureux devant toutes les somptuosités que nous avions vues défiler tout au long de notre journée. « L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage en lui-même. » Robert Louis Stevenson
Puis il a fallu rentrer dans le bus bondé que nous avions bien fait d’éviter à l’aller.

Le lendemain matin, nous quittions définitivement l’île de Santorin, emportant avec nous tous nos meilleurs souvenirs et nos billets de ferry à composter par les membres d’équipage, pour la suite de notre voyage…
À présent, pour conclure cette aventure, c’est en Crète que nous posons nos affaires, ainsi que les bougies sur mon gâteau. Quoi de mieux qu’une vue sur la mer en guise de cadeau d’anniversaire ?
Privilégiée pendant sept jours d’assister au lever du jour, qui n’est chaque fois ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre…
Sept jours à glandouiller, ne faisant rien d’autre que de s’allonger et d’aller se baigner trois minutes plus bas, à l’accès direct qui nous est réservé.
L’opération « dégoter une super location » est réussie ! Mon fils est plus que ravi et savoure, quant à moi, pour le glamour, il faudra que je revienne un autre jour…
Après Santorin, notre programme est volontairement sage et allégé, appréciant le plaisir de la nage et de jouer à « Tu vois quoi, toi, dans ce nuage ? »
La semaine est ainsi passée, tranquille, sur notre ponton si souvent calme et ensoleillé. Nous n’avions aucune intention d’aller explorer les parages, mais, le dernier jour de notre séjour, nous nous sommes motivés à rejoindre la plage. La station balnéaire n’avait rien pour nous plaire ni nous séduire, vu la quantité de parasols dressés qui nous faisait déjà fuir rien qu’en les devinant depuis notre terrasse, présageant, a fortiori, un manque évident de place pour s’y alanguir.
Peu exaltés par tant de promiscuité et ne trouvant pas dans l’immédiat notre point de chute, mes deux téméraires décidèrent d’enfiler un parachute ! De cette ascension dans les airs, les projetant si haut en moins d’une minute, je ne doute pas que cela restera l’un des moments forts de mon fils avec son père.
Des moments comme celui-ci, et d’autres que l’on retrouve ici, partagés sans langue de bois, où je dévoile, par mon regard obscur ou lumineux, le reflet de mon humeur et de mes instants de grandes et petites joies. Des propositions d’évasion, vues sous un angle bien personnel, avec lesquelles je m’amuse à faire sautiller des mots sur mes photos.
"Quand vient la fin de l'été sur la plage, il faut alors se quitter...♫♪♫".
Au revoir, Santorin. Avec toi, j’ai tourné la page de la trentaine. Suivront d’autres chapitres, d’autres chemins inexplorés…
Depuis, l’automne s’est installé, et c’est avec impatience que j’espère déjà vous retrouver. Je ne sais où, je ne sais quand… mais avant d’en arriver là, je remercie chaleureusement tous ceux qui, depuis fin septembre, auront suivi ma loooongue « saga Santorin » !

Barbara
© crédits photo By Barbara

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